Un petit 1,1 °C, ça ne fait pas rêver… Pourtant, c’est déjà la hausse de la température mondiale. Et on s’y perd vite.
On passe au crible le rapport du GIEC de 2022 sur le climat, ses impacts et les remèdes.
Le rapport du GIEC de 2022 : trois volumes à connaître, publiés de 2021 à 2023
Quand on parle du « rapport du GIEC de 2022 », on pense souvent à un seul bloc. En réalité, c’est un ensemble étalé sur presque deux ans. Les trois contributions de l’AR6 sont sorties entre août 2021 et avril 2022. Une synthèse est arrivée en 2023.
| Volume | Publication | Ce qu’il étudie |
|---|---|---|
| Changement climatique 2021, les bases scientifiques | 9 août 2021 | Le fonctionnement physique du climat et l’origine du réchauffement |
| Changement climatique 2022, impacts, adaptation et vulnérabilité | 28 février 2022 | Les effets sur les sociétés, les écosystèmes et les capacités d’adaptation |
| Changement climatique 2022, atténuation du changement climatique | 4 avril 2022 | Les moyens de réduire les émissions et de limiter le réchauffement |
| Changement climatique 2023, rapport de synthèse | 20 mars 2023 | Une vue d’ensemble des connaissances, des risques et des solutions |
Pour s’y retrouver, retiens le rôle de chaque groupe :
- Le groupe I explique comment fonctionne le climat.
- Le groupe II regarde les impacts et l’adaptation.
- Le groupe III passe en revue les options pour réduire les émissions.
Tu peux consulter les rapports complets, les chapitres et les résumés pour décideurs directement sur les pages de chaque groupe de travail. Les versions françaises des résumés existent aussi pour plusieurs volumes.
Le réchauffement vient bien des activités humaines, et ce n’est plus discutable
Une attribution devenue sans équivoque
Le message central du groupe I est clair : l’influence humaine a réchauffé l’atmosphère, les océans et les terres. Les changements observés touchent aussi la cryosphère et la biosphère.
La température moyenne mondiale a grimpé d’environ 1,1 °C par rapport à la période 1850-1900. Ça ne paraît pas énorme. Pourtant, à l’échelle de la planète, c’est une transformation colossale.
Les concentrations de gaz à effet de serre ont atteint des niveaux jamais observés depuis au moins 800 000 ans. Oui, tu as bien lu.
En 2019, l’atmosphère contenait en moyenne :
- 410 parties par million de dioxyde de carbone
- 1 866 parties par milliard de méthane
- 332 parties par milliard de protoxyde d’azote
Depuis environ 1750, ces trois gaz ont fortement augmenté. La cause ne fait pas de doute : brûler des énergies fossiles, l’agriculture et le changement d’usage des terres.
Des extrêmes qui deviennent la norme
Les épisodes de chaleur extrême sont plus fréquents et plus intenses dans la plupart des régions terrestres depuis les années 1950. Les épisodes de froid, eux, reculent.
Les vagues de chaleur marines progressent elles aussi. Les sécheresses agricoles et écologiques augmentent dans certaines régions. Chaque fraction de degré en plus rend les épisodes combinant chaleur et sécheresse plus courants.
Le premier dépassement durable de 1,5 °C devient probable entre 2021 et 2040 dans les scénarios étudiés. Un dépassement temporaire peut arriver plus tôt, selon le rythme réel des émissions.
Le GIEC utilise différents niveaux de confiance, de probabilité et de certitude. Ça permet de savoir ce qui est quasi certain et ce qui reste une projection incertaine. La tendance générale, elle, n’est jamais remise en cause.
Chaque fraction de degré compte, et les risques grimpent avec elle
Des futurs très différents selon les émissions
Entre 2081 et 2100, le réchauffement moyen mondial pourrait atteindre :
- environ 1,4 °C dans un scénario de très faibles émissions
- environ 2,7 °C dans un scénario intermédiaire
- environ 4,4 °C dans un scénario de très fortes émissions
Avec les politiques en place jusqu’à fin 2020, on arrive vers un réchauffement médian d’environ 3,2 °C en 2100, avec une fourchette probable entre 2,2 °C et 3,5 °C. Pas de quoi pavoiser.
À 1,5 °C, les risques augmentent déjà pour les écosystèmes, l’agriculture, l’eau et la santé. À 2 °C, les événements extrêmes deviennent plus fréquents et touchent davantage de régions.
Risques en Europe et en France
En Europe, quatre grands risques ressortent, avec un sud du continent généralement plus exposé que le nord :
- la chaleur
- les pertes agricoles liées au duo chaleur-sécheresse
- la raréfaction de l’eau
- les inondations
Les feux de forêt deviennent plus probables dans toutes les régions européennes. En Europe du Sud, la chaleur, la sécheresse et une végétation plus sèche créent des conditions très favorables aux incendies.
Dans le sud de la France, les sécheresses devraient s’intensifier à 2 °C, notamment à cause de la baisse des précipitations et d’une évaporation plus forte. Le risque météo d’incendie augmente lui aussi.
La santé, l’alimentation et la biodiversité trinquent en premier
Les plus vulnérables paient le prix fort
Entre 3,3 et 3,6 milliards de personnes vivent déjà dans des zones très vulnérables au climat. Pauvreté, accès limité aux services essentiels, conflits et dépendance à l’agriculture aggravent la situation.
Plus il fait chaud, plus les risques grimpent.
- décès prématurés
- maladies cardiovasculaires et respiratoires
- difficultés à travailler et à vivre normalement
Les maladies transmises par l’eau, les aliments et les moustiques risquent de progresser avec le réchauffement. Les vagues de chaleur pèsent aussi sur des hôpitaux déjà tendus.
Le climat a déjà réduit la sécurité alimentaire et hydrique dans plusieurs régions. Chaleur, sécheresses, inondations et tempêtes abîment les récoltes, la pêche, l’élevage et l’accès aux aliments.
Environ la moitié de la population mondiale manque d’eau pendant une partie de l’année.
Écosystèmes et espèces
Les écosystèmes terrestres, d’eau douce, côtiers et marins perdent déjà du terrain, parfois sans retour. Le réchauffement s’ajoute à la pollution, à la destruction des habitats et à la surexploitation.
Le risque d’extinction augmente vite avec la hausse des températures. La part des espèces terrestres à risque très élevé passe d’environ 3 à 14 % à 1,5 °C, à 3 à 48 % à 5 °C.
S’adapter aide beaucoup, mais jusqu’à un certain point
Les solutions existent déjà
Tu as déjà de quoi agir : systèmes d’alerte précoce, plans contre la chaleur, villes plus fraîches, zones humides restaurées, eau mieux gérée. Ça réduit des risques, c’est sûr. Ça ne règle pas tout, mais c’est un bon début.
Contre les inondations, les alertes, les digues et les zones d’expansion des crues réduisent déjà les risques. Les rivières restaurées y contribuent aussi. Les pertes humaines et matérielles baissent. Mais une seule mesure ne suffit pas partout, et ça, il faut le garder en tête.
Face aux vagues de chaleur, les villes peuvent végétaliser les quartiers et créer des îlots de fraîcheur. Les bâtiments s’adaptent, les personnes âgées et fragiles sont mieux protégées. Les horaires de travail peuvent aussi changer, et c’est souvent le plus simple.
Côté agriculture, six leviers principaux ressortent :
- décaler les dates de semis
- choisir des variétés plus résistantes
- développer l’agroforesterie
- diversifier les cultures
- couvrir les sols
- irriguer de façon plus efficace
Pour préserver l’eau, il faut combiner plusieurs mesures : stocker l’eau, réutiliser les eaux usées, réparer les fuites et économiser. Il faut aussi surveiller les nappes et limiter les usages pendant les sécheresses. Les grands réservoirs ne suffisent pas à tout régler.
Les limites de l’adaptation
Les limites dites « souples » viennent de trois freins :
- des solutions trop coûteuses
- un financement insuffisant
- une gouvernance bloquée
- La pauvreté, le manque de données et un accès inégal aux services aggravent le tout.
Les limites deviennent « dures » quand aucune mesure ne permet plus d’éviter un risque jugé intolérable. Certains récifs coralliens, littoraux, forêts tropicales et écosystèmes polaires y sont déjà.
Au-delà de 1,5 °C, certaines solutions fondées sur les écosystèmes perdent en efficacité. À 2 °C, plusieurs cultures vivrières atteignent des limites souples. À 3 °C, des limites dures apparaissent dans certaines régions européennes.
Réduire les émissions, et vite : le calendrier se resserre
Le compte à rebours est lancé
Bon, on va pas se mentir : pour rester près de 1,5 °C, les émissions mondiales doivent chuter de 43 % d’ici 2030 par rapport à 2019. Et il faut atteindre zéro émission nette de CO₂ au début des années 2050. Ça laisse peu de marge.

Dans les trajectoires compatibles avec 2 °C, les émissions mondiales diminuent d’environ 27 % en 2030 et de 63 % en 2050 par rapport à 2019. Le zéro net de CO₂ arrive alors autour du début des années 2070.
Les leviers, secteur par secteur
Chaque secteur a ses propres leviers :
- Énergie : réduire fortement le charbon, le pétrole et le gaz sans captage, tout en développant les renouvelables, l’efficacité énergétique, l’électrification et d’autres vecteurs bas carbone.
- Industrie : agir sur toute la chaîne, avec moins de matériaux, plus de recyclage, une meilleure efficacité énergétique, des procédés moins émetteurs et, dans certains cas, le captage et le stockage du carbone.
- Transports et bâtiments : électrification, rénovation, sobriété énergétique, normes de performance, transports collectifs et villes plus compactes.
- Agriculture, forêt et usage des terres : limiter la déforestation, améliorer les sols, réduire le méthane et le protoxyde d’azote, tout en protégeant les puits de carbone naturels.
- Demande : sobriété, mutualisation, moins de gaspillage et bâtiments plus efficaces pourraient réduire de 40 à 70 % les émissions des secteurs d’usage final d’ici 2050 par rapport aux trajectoires de référence.
Les options à moins de 100 dollars par tonne de CO₂ équivalent pourraient réduire au moins de moitié les émissions mondiales de 2019 d’ici 2030. Le potentiel existe déjà. Son déploiement reste très inégal.
Le captage du carbone peut réduire les émissions de certaines usines et installations énergétiques. Le captage direct dans l’air, ou le stockage du carbone issu de la biomasse, peut compenser des émissions difficiles à supprimer. Mais il ne remplace jamais les réductions directes.
L’argent et la coopération décident de la vitesse de la transition
Le financement reste le grand verrou
Pour tenir les objectifs de 1,5 °C ou 2 °C entre 2020 et 2030, il faut investir trois à six fois plus qu’aujourd’hui. Ça concerne tous les secteurs et toutes les régions.
L’argent pour le climat a augmenté entre 2013 et 2020. Mais la hausse a ralenti après 2018. Et l’adaptation manque toujours d’argent dans les pays en développement.
Une partie de l’argent continue d’aller vers des infrastructures très émettrices. Pendant ce temps, les projets bas carbone peinent à trouver des financements. Le risque, le coût du crédit, le manque de garanties et des politiques publiques instables les freinent.
Coopération et équité
Les pays développés doivent aider davantage les pays en développement. Ça passe par l’aide financière, les garanties publiques et les capitaux privés. Le coût des prêts compte autant que les montants annoncés.
La transition doit aussi partager les efforts et les bénéfices. Les ménages modestes et les travailleurs des secteurs fossiles ont besoin d’aide. Les régions vulnérables aussi. Il leur faut de l’accompagnement, de la formation et des investissements ciblés.
Alors, qu’est-ce qui reste à surveiller ? Le rythme réel des émissions, tout simplement… C’est lui qui décide si le seuil de 1,5 °C sera dépassé plus tôt, même de façon temporaire. Garde donc un œil dessus, ça en dit long sur la suite.

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